Le choix des mots
Depuis aussi longtemps que je puisse me souvenir, je suis souverainiste. En fait, j’ai probablement été souverainiste avant de savoir ce que cela voulait dire. De la même manière que je suis devenu un partisan des Canadiens en regardant le hockey avec mon père, je suis devenu souverainiste en écoutant les conversations partisanes de mes parents et des membres de ma famille élargie.Un peu plus tard, quand il est venu le temps de me politiser davantage, j’ai consolidé mes convictions souverainistes en étudiant l’histoire politique du Québec. Depuis ce temps, j’ai acquis la profonde certitude que le Québec possède tous les atouts nécessaires pour devenir un État souverain. Je suis également convaincu que le Québec se doit de faire son indépendance pour protéger adéquatement sa culture et son identité nationale.
Avec la défaite du Parti québécois lors des dernières élections, j’ai rapidement compris que le projet d’indépendance nationale allait se retrouver sur une tablette pour plusieurs années. Cependant, le recul du principal véhicule souverainiste ne change en rien la nécessité, pour les Québécois, d’acquérir un maximum de souveraineté. Je suis toujours persuadé que les Québécois s’accompliront davantage et plus facilement quand ils auront acquis le statut d’État indépendant.
En bon démocrate que je suis, je sais que le jour où nous pourrons tenir un autre référendum n’est pas pour demain. Par contre, rien ne nous empêche de faire quelques petits pas qui nous rapprocheront de ce jour.
Que pouvons-nous faire ?
Même si l’option souverainiste a quelque peu reculé ou stagné au cours des dernières années, il faut quand même admettre qu’il y a toujours beaucoup plus de souverainiste au Québec que de fédéraliste. En fait, si les Québécois ne sont pas prêts pour l’indépendance, ils ne sont pas pour autant satisfaits du fédéralisme canadien. Pour appuyer cette affirmation, nous avons qu’à regarder l’augmentation des appuis pour le Parti de Mario Dumont. Sans proposer l’indépendance et tout en rejetant le fédéralisme du statu quo, l’ADQ se définit comme étant un parti « autonomiste ». D’après les résultats de la dernière élection provinciale, on peut donc affirmer qu’il y a, grosso modo, 60% des électeurs qui sont assez insatisfait du fédéralisme actuel pour voter pour un parti qui le rejette (le total des appuis du PQ et de l’ADQ).
À partir de ce constat, qu’est que la classe politique québécoise peut faire pour satisfaire les aspirations des Québécois et les sortir du statu quo qu’ils rejettent? Le Parti québécois de Mme Marois, suite à la suggestion de M. Gérald Larose, a proposé cette semaine de faires des « gestes de souveraineté ». Je crois que l’idée, bien qu’elle ne soit pas nouvelle, est très bonne. Cependant, je crois que je choix des mots, stratégiquement parlant, n’est pas très bon. Je crois qu’il aurait été plus juste de parler d’affirmation nationale.
Je comprends très bien que cela aurait créé un terrible remous à l’intérieur du PQ. Certains auraient vu là-dedans un retour en arrière et la renaissance de la formule de Pierre-Marc Johnson. Par contre, cela aurait eu l’avantage de ne pas donner, gratuitement, des armes à nos adversaires fédéralistes.
Parmi ces adversaires, il y a eu le Ministre Benoit Pelletier qui nous a traité de radicale et d’antidémocratique : « Mme Marois veut tellement rassurer la frange pure et dure de sa propre formation politique qu'elle en vient à flirter avec des idées qui, à mon avis, ne sont pas démocratiques et constitueraient des gestes de grandes conséquences, négatives pour le Québec » (La Presse mercredi, 16 janvier 2008, p. A6). Il a même poussé le ridicule en allant jusqu’à dire que, si le Québec s’engageait dans cette voie, il serait plongé dans « une espèce de chaos » (Le Soleil, mercredi, 16 janvier 2008, p. 6). Il y a eu aussi le chef libéral fédéral, Stéphane Dion, qui a dit que le PQ voulait faire la souveraineté « par la porte arrière ». Toutes ses sorties agressives de la part des ténors fédéralistes auraient pu être évité si le mot souveraineté avait été absent la formule proposée par Marois. De plus, le choix du concept « d’affirmation nationale » aurait reflété plus précisément ce qu’entend faire la chef péquiste.
En effet, qu’est que les fédéralistes auraient pu trouver à dire devant un projet d’affirmation nationale? L’existence de la nation québécoise n’est remise en doute par personne. Même le Parlement fédéral canadien a reconnu cet état de fait. Quand on est une nation, il n’y a rien de mal à l’affirmer haut et fort et à faire des gestes en ce sens. Qui a remis en doute la décision de Maurice Duplessis de nous doter d’un drapeau national ? Qui a critiqué Jean Lesage quand il a créé la Caisse de dépôt et placement? Qui n’est pas d’accord avec la doctrine Gérin-Lajoie qui nous donne le droit et la responsabilité de s’affirmer sur la scène internationale quand cela touche les champs de compétences des provinces ? Ce sont tous des gestes d’affirmation nationale qui ont fait grandir la nation québécoise ; et la grande majorité des Québécois sont bien satisfaits de ces acquis.
Malheureusement, Mme Marois a donné des munitions à nos adversaires en choisissant des mots qui plaisent davantage aux péquistes qu’aux Québécois en général. Cependant, j’ai quand même confiance que le PQ réussira à mieux expliquer ses intentions et à sortir du dialecte uniquement compréhensible par les péquistes (comme le disait Michel C. Auger ce matin à l’émission « Les coulisses du pouvoir ») et qu’ils réussiront à faire comprendre aux Québécois qu’il s’agit, dans les faits, d’affirmer notre spécificité et nos particularités nationales. Car quoi qu’en disent les fédéralistes, je suis pas mal convaincu qu’une majorité de Québécois seraient très enthousiastes à l’idée de nous doter d’une citoyenneté et d’une constitution québécoise. Cela répondrait certainement, du moins en parti, aux aspirations des Québécois qui, sans vouloir faire l’indépendance, ont un désir certain d’affirmer leur identité. En tout cas, ça serait sûrement mieux que la position molasse du Parti libéral qui, depuis trop longtemps, n’a rien de bon à proposer aux Québécois en matière d’identité et d’affirmation nationale.








4 commentaires:
C'est quand même incroyable qu'un mot comme « souveraineté » soit galvaudé à ce point.
J'avoue que, question stratégie, ils auraient dû penser à te consulter...
Peut-être as-tu raison sur le choix des termes utilisés, Emmanuel. Cependant, j'ai tendance à croire que cela n'aurait pas mieux passé auprès des partis fédéralistes. Si le PQ avait parlé de "gestes d'affirmation nationale", on lui aurait sans doute reproché de cacher son objectif véritable (la souveraineté). Puis, dans un sens, je pense aussi qu'il ne faut pas avoir peur des mots et savoir appeler un chat un chat. Tant que les Québécois auront peur de leur ombre, on peut toujours attendre pour l'indépendance, malheureusement.
Tu as peut-être raison hortensia. Nos adversaires fédéralistes auraient certainement trouvé une façon de nous critiquer. Cependant, quand tu dis qu'il faut appeler un chat un chat, c'est justement pour cette raison que je ne suis pas d’accord avec le terme "geste de souveraineté". Élaborer une Constitution ou une citoyenneté dans le cadre fédéral, ce n'est pas un geste de souveraineté, mais un geste d'affirmation nationale. Nous ferons des gestes de souveraineté quand nous serons entièrement souverains; et pas seulement souverain à l'intérieur des champs de compétences provinciales comme le stipule la Constitution canadienne. Du moins, c'est mon opinion.
Merci pour vos commentaires
il n'y a qu'un seul bon mot ça : l'indépendance!
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