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jeudi 15 mai 2008

Contrebande de cigarettes : nos gouvernements doivent prendre leurs responsabilités


Afin de lutter contre le fléau du tabagisme et ses effets négatifs sur la santé publique, les deux paliers de gouvernement ont, au cours des dernières années, largement privilégié l’outil de la taxation afin de faire diminuer le plus possible la proportion de fumeurs au sein de la population. Selon les chiffres de Santé Canada (ici et ), cette stratégie a produit de bons résultats. Évidemment, nous ne pouvons attribuer à la seule hausse de taxe tout le mérite de la baisse de la proportion de fumeurs ; la diminution graduelle du nombre d’endroits où c’est possible de fumer y est certainement pour quelque chose. Tout comme l’éducation sociale.

Si la stratégie gouvernementale a eu raison de plusieurs fumeurs, certains demeurent incorrigibles. Et pour ceux-là, la hausse de taxe est irritante, voire affligeante. C’est particulièrement le cas chez les plus pauvres de notre société et chez les jeunes. Probablement que s’il n’y avait pas d’alternative au marché légal, plusieurs de ceux-ci arrêteraient. Cependant, il y a bel et bien une alternative au marché légal : les cigarettes de contrebande.

Majoritairement orchestrée par des criminels mohawks, cette contrebande a pris des proportions alarmantes. Certains avancent même que près du tiers des cigarettes fumées au Québec proviendraient du marché illégal (La Presse Actualités, vendredi, 9 mai 2008, p. A7 Cigarettes de contrebande Moins chères mais plus toxiques! Lacoursière, Ariane). Ce qui ajoute encore plus à l’affaire, c’est que ce marché se fait de façon transparente, devant les yeux de tout le monde. Les différents médias nous ont présenté de nombreuses photos de ces « smoke shops » au cours des dernières semaines où l’on peut acheter 200 cigarettes pour la modique somme de 6$. Ces cigarettes sont produites et vendue de façon illégale, sans qu’aucune force loi n’intervienne. C’est donc dire qu’au Québec, il y a des zones territoriales où les lois et règlements ne s’appliquent pas et que certains groupuscules ont le privilège de se soustraire à certaines lois.

Pourtant, tout semble soutenir une action rapide et efficace des forces de l’ordre dans ce dossier. Premièrement, cette industrie illégale atténue assurément tous les efforts qui sont faits pour lutter contre le tabagisme. En tant que société, nous avions fait le choix d’augmenter les taxes afin de motiver les fumeurs à tenter de vaincre leur dépendance. Si la contrainte de la taxe peut être contournée via la contrebande, il m’apparaît évident que la stratégie de la taxation sera atténuée et beaucoup moins efficace.

Aussi, selon des analyses scientifiques des produits vendus dans ces « smoke shops », la fumée produite par ces cigarettes serait davantage toxique et néfaste pour le fumeur. « Une étude obtenue par La Presse montre que les taux de 34 substances chimiques y sont bien plus élevés que dans les cigarettes légales. Bien pire, certaines substances cancérigènes y sont jusqu'à sept fois plus concentrées » (La Presse Actualités, vendredi, 9 mai 2008, p. A7 Cigarettes de contrebande Moins chères mais plus toxiques! Lacoursière, Ariane).

Ces résultats sont très inquiétants, surtout quand on sait que les jeunes sont les clients parfaits pour ce type de cigarettes. Probablement attirés par le caractère « illégale » de la chose, mais surtout par leur bas prix, les jeunes sont de grands consommateurs de ces cigarettes. La consommation de cigarettes de contrebande est si omniprésente dans certaines écoles secondaires du Québec que des journalistes n’ont pas eu de difficultés à repérer les consommateurs et les vendeurs : « La cigarette de contrebande semble si répandue dans les écoles secondaires de Granby qu'il n'a fallu que quelques minutes à notre journaliste Nancy Beaulieu pour trouver des fumeurs - et des vendeurs - parmi les jeunes, lors d'une visite à proximité des établissements, hier. » (La Voix de l'Est Actualité, jeudi, 8 mai 2008, p. 1 Se procurer des cigarettes de contrebande Rien de plus facile! Dion,Alain)

Donc, résumons-nous. 1. La contrebande amoindrit assurément nos efforts pour contrer le tabagisme au sein de notre population. 2. Les produits vendus par les contrebandiers sont davantage toxiques et cancérigènes que les produits légaux. 3. Nos jeunes sont des clients parfaits pour les contrebandiers. Devant ces faits, qu’attend-on pour agir ?

Les différents gouvernements ne semblent pas pressés de poser des actions concrètes. Ce n’est certainement pas qu’on manque de preuve, les journaux sont pleins de photos incriminantes. Selon eux, il s’agit d’un problème complexe qui demande une collaboration de plusieurs gouvernements (provincial et fédéral au Canada, mais étatique et fédéral aux États-Unis aussi puisque les réserves chevauchent les deux pays). Cela demande donc du temps. Mais encore là, le démantèlement pur et simple des « smoke shops » ne semble pas envisagé. Une autre stratégie sera utilisée, a affirmé le ministre fédéral de la sécurité publique, Stockwell Day: « On étouffera la production en raréfiant la matière première, et on réduira la consommation en faisant appel au civisme des fumeurs » (Le Devoir Éthique et religion, lundi, 12 mai 2008, p. b6 La guerre de la cigarette Trafiquants à plumes et exploitants en cravate Leclerc, Jean-Claude)

Je trouve que l’attitude des gouvernements face à ce problème est tout à fait irresponsable. Il est ici question de santé publique et nos dirigeants politiques ont des responsabilités à cet égard. Il ne faut pas tenter d’agir par ricochet en « raréfiant la matière première », il faut plutôt agir directement en démantelant les « smoke shops » et en saisissant le produit fini. Je crois que si les gouvernements n’osent pas agir c’est qu’ils craignent les conséquences d’une telle intervention en territoire mohawk. Ils sont terrorisés par les menaces de ces criminels qui sont en fait des terroristes. Non, ces individus ne menacent pas de crasher des avions dans des immeubles, mais ils nous menacent de bloquer des routes, des ponts et de faire intervenir des groupes paramilitaires comme les Warriors si nous faisons appliquer la loi par les agents de la paix. Ils se servent de la terreur pour arriver à leur fin, on peut donc les qualifier de terroristes. Mais nos gouvernements sont bien trop occupés à chasser les terroristes dans les grottes afghanes plutôt que de s’occuper de ceux qui nous menacent à quelques kilomètres de Montréal.
Source de la photo : Flickr - NieckQ-

2 commentaires:

Alexis St-Gelais a dit…

Heureux de vous voir de retour et en pleine forme, à en juger par ce billet-ci, très solide.

Il est vrai que la cigarette de contrebande est un problème de santé publique préoccupant; néanmoins, la question autochtone étant potentiellement explosive, cela appelle à beaucoup de prudence dans le dossier.

Emmanuel Simard a dit…

Vous avez raison, la question est explosive. Cependant, je ne crois pas qu'elle le sera moins dans un futur proche ou éloigné. Ça fait plusieurs années qu'on est confronté à ce genre de problème, je crois qu'il est maintenant temps d'agir. C'est la responsabilité du gouvernement de trouver des solutions et d'agir dans ce genre de situation potentiellement explosive. À eux de trouver la meilleure solution pour tout le monde.

Merci pour votre commentaire et content de vous revoir sur mon blogue.