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mercredi 28 mai 2008

Le gouvernement Harper plie les genoux

Dans la tradition politique canadienne, comme dans celle de bien des pays, le poste de ministre des Affaires étrangères est généralement occupé par un politicien d’envergure, ou du moins, par un politicien qui est promis à un bel avenir. Bien souvent, les fonctions de ministre des Relations étrangères (ou secrétaire d'État à l’époque) ont même servi de préparation pour le rôle de Premier ministre. Nous avons qu’à penser à Mackenzie King, Louis St-Laurent, Lester B. Pearson, John Diefenbaker et Jean Chrétien. Évidemment, Maxime Bernier ne fera pas partie de cette tradition.

En fait, si différents Premiers ministres ont eu le même réflexe de nommer de grands politiciens au poste de ministre des Affaires étrangères, c’est que ce rôle est d’une importance cruciale. Le député qui occupe cette fonction ne représente rien de moins que l’image du Canada à l’étranger. Il est aussi le chef de la diplomatie canadienne. Laissez-moi vous dire que lorsque cette personnalité défraye la manchette avec une boîte de Jos. Louis à la main dans un pays en guerre, ce n’est pas très prometteur pour la suite des choses.

Et cette suite des choses, que tout le monde connaît, ne fut pas très reluisante. C’est un nombre impressionnant d’erreurs qui ont été commises par le ministre Bernier. Tellement, qu’il n’a eu d’autres choix que de remettre sa démission au Premier ministre Harper. Incontestablement, Maxime Bernier n’avait pas les compétences pour combler un tel rôle au sein du gouvernement canadien.

Devant un tel constat, je ne peux faire autrement que de me questionner sur les compétences de celui qui l’a engagé, c'est-à-dire Stephen Harper. Comme je l’ai dit plus haut, le poste de ministres des Affaires étrangères est d’une importance capitale. La nomination du ministre doit donc se faire avec la plus grande rigueur. Avec l’échec monumental qu’a connu l’ex-ministre Bernier, nous sommes légitimement en droit de nous questionner à savoir si le Premier ministre à respecter la rigueur nécessaire à la dotation d’un poste d’une telle envergure.

Maxime Bernier est un spécialiste de la chose économique. Il possède une formation en Économie. Il n’avait donc pas de formation académique qui aurait pu atténuer, un tant soit peu, son manque d’expérience. Plusieurs erreurs ont rapidement confirmé cela. Si cela ne le prédisposait pas à un échec certain – d’autres ont déjà réussi avec le nombril aussi vert –, il m’apparaît évident que cela l’handicapait lourdement. Mais le Premier ministre Harper est passé outre son manque d’expérience pour les relations internationales et il a pris le risque de le nommer ministre. Avec les conséquences qu’on connaît.

Pourquoi le Premier ministre a-t-il pris un tel risque. Probablement pour plaire aux électeurs québécois; pour leur montrer qu’ils ont une présence forte au sein du gouvernement fédéral. Peut-être aussi pour tenter de sensibiliser l’électorat québécois au bien-fondé de la mission afghane. C’était peut-être aussi pour tenter de transformer Bernier en chef d’État, de la même façon que le ministère des Affaires étrangères a réussi à transformer les King, St-Laurent ou Pearson. (Il ne faut pas oublier qu’au début du gouvernement Harper, Maxime Bernier était vu par plusieurs comme étant le dauphin de Stephen Harper. Tellement, que certains le surnommaient « Flipper ») En fait, c’est surement un peu pour toutes ses raisons que Stephen Harper a misé sur Bernier. Il croyait faire un gain politique important en nommant M. Bernier. Malheureusement, il a perdu.

Les conséquences de ce pari perdu sont assez lourdes. Et, selon moi, c’est le Premier ministre Harper qui doit en assumer toute la lourdeur. C’est lui qui a fait le choix de nommer un incompétent sans envergure pour représenter le Canada sur la scène internationale. C’est lui qui a préféré courtiser une partie de son électorat nécessaire à sa réélection plutôt que de choisir le candidat le plus compétent. C’est aussi lui qui a continué à défendre son ministre incompétent jusqu’à lundi en fin de journée malgré la rogne des partis d’opposition. Pour toutes ses raisons, M. Harper perdra assurément de la crédibilité aux yeux des électeurs.

Quand le ministre des Relations étrangères d’un pays quitte ses fonctions pour incompétence, cela affecte assurément l’aplomb du gouvernement. Cependant, quand nous sommes en face d’un gouvernement qui, en plus d’avoir perdu un ministre d’une importance capitale, voit la compétence de son chef remise en question, nous sommes en présence d’un gouvernement qui est en train de plier les genoux. C’est précisément ce qui est en train d’arriver sur le ring de la politique fédérale canadienne. L’opposition tentera-t-elle de passer le K.O. avant la fin de la session parlementaire ? C’est à suivre …
Source de la photo : Flickr - muizei's photostream

10 commentaires:

Alexis St-Gelais a dit…

"Pourquoi le Premier ministre a-t-il pris un tel risque. Probablement pour plaire aux électeurs québécois; pour leur montrer qu’ils ont une présence forte au sein du gouvernement fédéral." Même réaction que moi... je vous invite à aller lire mon billet sur le Quebecum Contentus.

Vous posez une excellente question à la fin de votre billet. Qu'attend l'opposition pour mettre le gouvernement KO? Et moi de répondre: quelle opposition? C'est bien cela qui est malheureux à Ottawa. Toute politique d'envergure est irrémédiablement bloquée à court terme par une paralysie complètement incapacitante à la fois des conservateurs et des libéraux. C'est une foire qui ne sert personne mais devant laquelle nous sommes impuissants.

Ce qu'il faudrait vraiment, au fédéral, c'est un nouveau parti qui viendrait chambouler un peu l'ordre trop bien établi et qui mène à un désordre lui aussi bien incrusté.

Mía a dit…

"C’est lui qui a fait le choix de nommer un incompétent sans envergure pour représenter le Canada sur la scène internationale."
Bof... Je ne crois pas que le Gouvernement Harper avait besoin de Maxime Bernier pour ternir la réputation du Canada à l'international. Il n'était que la minuscule cerise sur l'immense sunday merdique des politiques étrangères du gouvernement!
Et je vois bien que Harper est peut-être aussi incompétent que son ex-ministre... Mais qui est-ce qui est là pour le remplacer?
Mía

Alexis St-Gelais a dit…

Dites-moi, je regardais votre blogue en passant... Myriam Ségal et Jean "là là" Tremblay y figurent. Seriez-vous un bleuet vous aussi?

Emmanuel Simard a dit…

@alexis: T'inquiète pas, je lis toujours tous tes billets.

J'avoue que l'opposition n'est pas très forte à Ottawa. Par contre, si le gouvernement continue de leur donner des armes comme il fait depuis un petit bout, Dion finira bien par se décider à agir. Et, honnêtement, j'aimerais probablement mieux Dion qu'Harper.

Et, oui, je suis du Saguenay, de Chicoutimi-Nord précisément. J'étais certain de te l'avoir déjà dit. Ça fait 6 ans que je suis à Québec. Mais j'espère bien y retourner d'ici quelques années.

@mia

J'avoue qu'Harper n'a pas besoin de Bernier pour gaffer à l'internationale. Il est bien capable de le faire tout seul. Mais c'est triste de voir que depuis plusieurs années l'importance du Canada décline énormément sur la scène internationale. On essaye de se rattraper en participant à des missions comme l'Afghanistan, mais c'est peine perdue. Tant et aussi longtemps que le gouvernement sera contrôlé par des gens qui n'ont à peu près aucune connaissance en relations internationales, la puissance moyenne canadienne continuera à décliner. Les Canadiens ont toujours été reconnus pour être très efficaces sur la scène internationale, ce n'est malheureusement plus le cas.

Merci à vous deux pour vos commentaires

Le Tapageur Silencieux a dit…

Tellement d'exagération, de raccourcis, on prend bien ce qu'on veut prendre au fond dans cette histoire, ce qui fait notre affaire pour faire valoir son point de vue. À mon sens, il a fait une grosse erreur, pourquoi on parle d'accumulation? Cela dit, il est correct qu'il ait démissionner, mais si on regarde juste au provincial, là là, il y a pas mal plus matière à déchirer sa chemise niveau scandale, et personne n'en parle.

Emmanuel Simard a dit…

Quand je parle d'accumulation d'erreurs de Bernier, je n'exagère aucunement mon ami ! C'est vous qui êtes trop tolérant d'après moi. Consulter quelques archives, vous allez en trouver plein.

Pour ce qui est des scandales au provincial, vous parlez de quoi ?

Le Patriote a dit…

Avoir a son bras une escorte de motard que Maurice Boucher lui meme voulait faire assasiner parce qu'il la soupçonnait de travailler pour la Sureté du Québec (SQ)résume assez vite le manque de jugement de M. Bernier!

Alexis St-Gelais a dit…

Dans ce cas, M. Simard, je vous invite à rejoindre le groupe des "Blogues du Saguenay-Lac-St-Jean"... Mis à part moi, les membres officiels sont tous hors de la région de toute manière :). Il suffit de deux choses: 1. parler de temps à autres de ce que se passe dans la région 02 et 2. mettre des liens vers les autres blogueurs du groupe sur le blogue.

Il y a Jimmy St-Gelais, du blogue "Pour que demain soit", 02-résiste (ou quelque chose du genre) de Saglac - Résiste au capitalisme et moi-même, pour le moment... Qu'en pensez-vous? Cherchez dans les archives de mon blogue, au niveau du mois de mars, dans "Nouveau groupe de blogues!" pour toutes les informations. Je serais très heureux de voir un blogueur de plus parmi notre groupe...

Emmanuel Simard a dit…

@alexis
Excellent, j'embarque !

Alexis St-Gelais a dit…

Vous m'en voyez très heureux! Je vous ai retrouvé le lien:

http://amonhumbleavis.blogspot.com/2008/03/nouveau-groupe-de-blogues.html

Les deux autres membres sont sur la liste du groupe, dans mon blogue. Pour les peuples métis de la boréalie et Myriam Ségal, ils ne sont pas membres... Je les ai juste mis là parce qu'ils sont du Saguenay.